Ça commence comme un polar, dans une citée grise et anonyme.
Un interrogatoire. On devine déjà quelque chose de sombre, de glauque. « Est-ce que tu sais pourquoi tu es ici ? – C’est à cause de ce que j’ai fait à Carole… »
Celui qui répond est le nouveau anti-héros de Manu Larcenet, Polza Mancini « grasse carcasse » qui donne son titre à ce premier volume de Blast. Il est énorme, gras, sale, alcoolique, assez vilain.
A la mort de son père, il plaque tout pour devenir vagabond. Polza est à la recherche d’un moment unique, un état de transe, de béatitude qui s’empare de lui et le confronte alors à la vision étrange d’une statue de l’île de Pâques, un « moaï ».
Ceux qui ne connaissait que Nic Oumouk, Bill Barroud et autres aventures rocambolesques seront forcément surpris, déçus (?) par ce nouvel album de Larcenet. Polza déstabilise tout autant les flics de l’histoire que le lecteur. Les élucubrations mystiques ou politiques, les réflexions philosophiques sur l’état de nature qui émaillent le riche texte de cette œuvre deviennent une manière originale de nous faire appréhender ce drôle de personnage repoussant et fascinant à la fois.
Cette fois, Manu Larcenet a mis son talent au service d’une œuvre noire, où la tension dramatique ressort à chaque page dans les scènes nocturnes, les forêts obscures, les ciels tourmentés. Pas de couleurs dans Blast, ou presque : les visions de Polza, dessins d’enfants aux couleurs lumineuses qui éclairent les pages sombres d’une vie chaotique dont on veut comprendre les raisons.
A la lecture de Blast, je me suis souvenu de cette terrible case où Marco, le photographe du Combat Ordinaire, apprenait au téléphone le suicide de son père, une case qui vous tirait les larmes. Il y a bien quelque chose d’antiquement tragique dans Blast, parce que le terrible y côtoie la beauté.
Bruce


